16/10/2017 - À lire absolument !

« La Grande Rupture » est le nouveau livre de Denis Crouan. M. Denis Crouan est docteur en théologie et président de l’association proliturgia. Il est l’un des grands spécialistes de la crise liturgique dans le monde francophone.
A travers sa propre histoire, dans un récit vivant et passionnant, l'auteur nous présente les modifications et bouleversements opérés dans la liturgie, au lendemain de Vatican II, dans les paroisses et les séminaires. Un témoignage essentiel pour comprendre la situation actuelle de l'Eglise. Pour commander le livre, cliquez : ICI

14/10/2017 - Tradition

Tradition

L’usage de ce mot dans l’Eglise est souvent conflictuel ou ambigu parce qu’il est mal compris ou utilisé dans un sens restrictif. D’emblée, il est associé aux groupuscules traditionalistes dont il est devenu la « marque de fabrique ». Sans entrer dans les nécessaires nuances, le discours de base est souvent le suivant : « ce qui est « tradi » est bon et le reste est suspect ». Cette vision caricaturale est renforcée par le label « de toujours », qui sous-entend que ce qui est « ancien  » (ou jugé comme tel) est automatiquement traditionnel donc acceptable. Dans cette optique, la Tradition est considéré e comme une donnée du passée qui permettrait de fixer définitivement certaines règles (liturgiques et morales).

D’emblée, il faut sortir le mot « Tradition » de ce carcan car il fait partie du vocabulaire ecclésial et ne peut en aucune façon être instrumentalisé pour justifier certaines pratiques liturgiques. Dans ce sens, une étude sérieuse de l’histoire religieuse démontre que le « toujours » n’existe pas et que la liturgie est en perpétuelles tensions entre continuités et discontinuités, distorsions et retour aux sources. Une liturgie définitive et universellement admise est un fantasme intellectuel contemporain utilisé par certains courants « tradi » pour justifier leur existence.

Dans une approche liturgique de ce terme et de l’usage qui en est fait, il importe également d’ouvrir quelques pistes de réflexion car tout usage ancien n’est pas forcément traditionnel. De plus, absolutiser une époque ou une pratique implique inévitablement des choix théologiques et pastoraux.

La Tradition n’est pas la conservation absolue de ce qui existe depuis « toujours »,  mais un organisme vivant transmis de génération en génération, sous la responsabilité du Magistère de l’Eglise qui en a la charge. La Tradition est la régulation par l’Eglise, sous l’assistance du Saint-Esprit, des pratiques religieuses qui se sont développées en son sein. L’ancrage historique montre que dans ce domaine, rien n’est totalement nouveau mais tout n’est pas non plus une répétition car la liturgie est le fruit de la vie et de la réflexion des générations passées, travail qui ne peut que se poursuivre tant que l’Eglise existera. 

Ce n’est pas tel ou tel groupe qui définit ce qui est traditionnel ou pas, mais le Magistère constant de l’Eglise. Cette fonction est constitutive du christianisme puisque dès les origines, celle-ci a adopté les quatre évangiles alors qu’il existait d’autres textes que nous qualifions aujourd’hui d’apocryphes. Certains de ces écrits étaient certainement vénérables et plus anciens que les évangiles reconnus. L’Eglise ne les pourtant pas accepté, n’y reconnaissant pas l’expression de sa foi.

La Tradition n’est donc pas synonyme de vétusté mais  elle est un lieu de vie et d’engendrement. C’est ce qu’enseigne le Concile Vatican II (Dei Verbum II) en rappelant qu’elle est à la fois une donnée matérielle reçue des Apôtres et une dynamique par laquelle celle-ci est transmise. Dans ce sens, elle n’est pas une simple référence au passé mais elle vit dans l’Eglise qui en permet une réception sans cesse renouvelée.

L’application de ces quelques points fondamentaux au domaine liturgique met en lumière certains pratiques, marqués par un temps précis, qu’il était nécéssaire de réformer pour leur donner à nouveau leur pleine signification. C’est ce travail de renouvellement qui a produit le missel du bienheureux Paul VI dans lequel les éléments traditionnels de la Messe ont été restauré par delà les ajouts et déformations des siècles. C’est ce trésor que nous recevons dans la foi et que les générations futures sont appelées à faire vivre.

09/10/2017 - La désacralisation de la liturgie

Il arrive fréquemment de constater qu’au cours des messes dominicales, les fidèles acceptent sans broncher de chanter n’importe quoi, d’entendre n’importe quoi, de voir n’importe quoi, de faire n’importe quoi. A leur décharge, ils ne font que suivre docilement le célébrant... qui lui-même a été privé de solide formation liturgique ou se trouve contraint de suivre servilement ce qu’a préparé une équipe liturgique locale dont les membres ignorent tout du Concile et du Missel romain. 
Quoi qu’il en soit, quelqu’un a bien dû inventer ces chants inadaptés, ces discours sans importance du point de vue de la foi, ces attitudes captivées davantage par ce qui se passe dans la nef que sur l’autel, ce n’importe quoi liturgique qui parasite la célébration de la messe à des doses variables selon les endroits. Bref, quelqu’un a bien dû être à l’origine de tout ce qui fait dévier le culte de sa raison d’être, Dieu, et ainsi l’abaisser au seul niveau d’une production locale, ponctuelle, qui témoigne de la perte du sens liturgique, aussi bien chez les fidèles que chez les clercs : les règles objectives de la liturgie qui garantissent la justesse et le sens de la célébration de la foi de l’Eglise ne sont plus connues, ne sont plus ni comprises, ni senties, ni aimées pour ce qu’elles sont, et ne peuvent donc plus être transmises d’une génération à l’autre. Le résultat est visible dans nombre de nos églises paroissiales où les fidèles sont désormais gagnés par une amnésie liturgique les portant à remplacer la célébration de la foi par le conformisme de quelques pieux sentiments. Louables, certes, mais qui ont plus à voir avec une religiosité à la carte qu’avec la foi catholique. 
Quelle peut être l’origine de ce phénomène ? 
La perte du sens liturgique est sans doute à rapprocher d’un affaiblissement de la pensée catholique elle-même et de la tendance actuelle à mettre l’accent ailleurs que sur le strict contenu de cette pensée : celle-ci se trouve remplacée par un fort attrait envers ce qui est irrationnel, envers l’exaltation des sentiments personnels (il n’est qu’à entendre ce qui se chante au cours des messes de mariages ou de funérailles), envers tout ce qui est utilitaire, immédiatement exploitable. Les influences délétères de l’utilitaire et de l’exploitable - que malheureusement le clergé ne semble pas voir dans la mesure où il y participe lui-même - ont mené à la construction d’un univers paroissial anti-cultuel où les repères ne sont plus la foi et la raison dont la liturgie est l’expression, mais tout ce qui peut déconcerter les fidèles dont la pensée catholique ne subsiste plus qu’à l’état de friches où peut durablement s'enraciner l’ignorance des réalités sacrées. 

08/10/2017 - La Messe dans l'histoire

La Messe dans l’histoire

Dans son ouvrage très instructif sur l’histoire de la Messe (« La Messe dans l’histoire », Editions de Solesmes), Dom Guy Oury conclut par un appel à la fidélité à l’Eglise et à la Tradition : 

« Paul VI et Jean-Paul II n’ignoraient pas les abus auxquels la réforme liturgique a donné prétexte, et l’anarchie qui ravage de vastes secteurs de la prière de l’Eglise; s’ils se montrent à ce point optimistes à l’égard de la liturgie rénovée, c’est surtout parce qu’elle ouvert plus largement au peuple chrétien l’accès à ses incomparables richesses, parce que celui-ci est à même d'y apporter une participation plus plus profondes et plus entière.

Mais ils s’inquiètent des initiatives subjectives auxquelles se livrent un certains nombre de prêtres ou d’assemblées liturgiques; ils désirent que tout rentre dans l’ordre pour le plus grand bien de l’Eglise et des âmes.

Pris dans sa réalité intégrale, l’Ordo mise de Paul VI innove finalement assez peu ; on n'y trouve tous les éléments de la messe romaine du cinquième siècle, quelques-unes des prières de dévotion introduites au Moyen Âge, les règles précises du missel de Saint Pie V, transformées et adaptées à la situation nouvelle qui est celle du XXème siècle… Les possibilités du nouveau missel sont très grandes ; il peut se prêter à une très belle célébration de la messe, mais pour cela il exige beaucoup de l'assemblée comme du célébrant ; le but à atteindre vaut qu'on y mettre le prix : les chrétiens des âges passés nous ont donné l'exemple, à nous de le suivre, sans lésiner sur l’efforts ! »

18/09/2017 - Les abus liturgiques ne constituent pas une norme.

Les abus liturgiques ne constituent pas une norme.

Le 23 septembre 1978, quelques jours avant sa mort, Jean-Paul Ier disait en son discours à Saint Jean de Latran : « Je voudrais que Rome donne le bon exemple d'une liturgie célébrée avec dévotion et sans fausses créativité. Certains abus en matière liturgique ont pu favoriser par réaction des attitudes qui ont poussé des positions en elles-mêmes insoutenables et contraires à l'Évangile. En faisant appel avec affection et espérance au sens de la responsabilité de tous face à Dieu et à l'Eglise, je voudrais pouvoir être assuré que l'on évitera tout manquement aux règles liturgiques ».

17/09/2017 - À méditer...

Extrait d’un sermon de Saint Augustin sur les épreuves de ce temps :

« Il ne faut donc pas récriminer, mes frères, comme certains ont récriminé, au dire de l’Apôtre, et ils ont été tués par les serpents. A ce compte-là, mes frères, qu’est-ce que le genre humain peut souffrir d’inédit, que nos ancêtres n’aient pas déjà souffert ? Ou bien, quand nous souffrons tels malheurs, savons-nous s’ils n’ont pas souffert les mêmes ? On rencontre pourtant des gens qui récriminent sur leur époque et pour qui celle de nos parents était le bon temps ! Si l’on pouvait les ramener à l’époque de leurs parents, est-ce qu’ils ne récrimineraient pas aussi ? Le passé, dont tu crois que c’était le temps, n’est bon que parce que ce n’était pas le tien. »

11/09/2017 - "C'est la rentrée"

C’est la rentrée !

Ces derniers jours, la plupart des enfants et jeunes gens ont repris le chemin de l’école. Après des vacances plus ou moins longues et heureuses (sans secondes sessions !), les voilà repartis pour une nouvelle année scolaire, rythmée par des vacances normalement en lien avec les fêtes chrétiennes. Cette alternance entre travail (études) et repos ne concerne pas la plupart des adultes engagés dans la vie active qui profitent habituellement de trois semaines de congé par an.

Depuis quelques dizaines d’années, dans nos pays, l’Eglise souffre de « jeunisme ». Ce terme souvent synonyme d’adaptation aux modes du temps est en lien avec la crise de la foi qu’elle doit surmonter. Il faut « faire jeune », « parler jeune » et tout faire pour « attirer les jeunes ». On peut traduire cette obsession par l’expression savoureuse : « Seigneur, donne-nous un jeune au premier rang que nous ne nous sentions pas mourir trop vite… » Et dans ce domaine… tout est bon !

C’est ainsi qu’est née cette idée absurde de « rentrée pastorale » que l’on « célèbre » dans de nombreuses paroisses. Cette notion fausse induit dans les esprits que Dieu est en congé en juillet et en août et que la pratique religieuse est entre parenthèses… Si c’est possible, il est évidemment bon de « marquer le cou » de la rentrée et d’invoquer le Saint-Esprit sur les étudiants. Mais induire que le rythme liturgique et le culte doivent être calqué sur l’agenda scolaire conduit à relativiser le sens du dimanche.

Il faut rappeler que la messe n’est pas obligatoire uniquement pendant les années de catéchisme mais tout au long de la vie ! Il n’y a pas de fin d’année ni de reprise !!! La vie chrétienne est un long chemin vers Dieu. Car si la pratique est liée à un cycle de vie (profession de foi…), tout s’arrête quand le but est atteint. De même que tout s’arrête pendant les vacances.

Cet artifice pastoral est un gadget de plus pour masquer la douloureuse réalité… On se réjouit d’avoir les enfants et leurs parents « au moins pour ça »… On se félicite d’une « Messe des familles » - ambiance "carnaval" - à laquelle ce même « public » est obligé d’assister une fois par mois… On se dit qu’on fait un bout de chemin avec eux… tout en sachant que le terminus est proche et qu’il faudra recommencer avec des « invités » chaque année moins nombreux !

Dès lors, il ne faut pas se demander comment « attirer » à tout prix mais comment vivre l’Evangile avec ceux qui en veulent ! Tout le monde est le bienvenue, mais à condition que les règles de base soient clairement énoncées. La porte est grande ouverte si on vient pour découvrir le Christ et pas seulement pour consommer ce qu’on veut quand on veut. L’évangélisation en profondeur est à ce prix… ! Il faut oser rappeler l’exigence de la vie chrétienne au lieu de laisser croire que celle-ci se résume en quelques « temps forts » quelques fois par an.

Certains objecteront que ces « temps forts » sont importants et qu’ils peuvent aussi évangéliser. C’est tout à fait vrai, à condition d’organiser des formations substantielles consacrées à l’étude du catéchisme de l’Eglise catholique. On est loin de ce que l’on voit dans la plupart des paroisses où le programme se limite à quelques « témoignages », quelques chants, et « l’eucharistie festive » préparée soi-disant par les jeunes !

Compte tenu que la plupart des « trucs et gadgets » pastoraux n’ont brassé que du vide depuis des décennies, il est temps de se tourner vers nos contemporains avec un message sérieux et bien argumenté. Le sentiment est souvent trompeur et il ne peut remplacer une approche doctrinale de la foi. Cette formation rigoureuse est porteuse d’évangélisation car le chrétien bien formé est mieux à même de résister aux sirènes du monde. Dans un proche avenir, les communautés chrétiennes occidentales seront sans doute moins nombreuses qu’autrefois. Mais si le « petit reste » est bien formé et qu’il recourt régulièrement aux sacrements, il sera lumière pour le monde.

Au contraire, si on continue de « distraire » les fidèles par des célébrations vides et sans lendemain, il en sera de la religion comme de l’école… Quand arrivera l’âge adulte, on rangera soigneusement les crayons de couleurs dans le grenier et l’ambiance de ces fameuse « rentrée pastorale » sera vite oubliée.