10/12/2017 - A propos du Motu proprio « Summorum pontificum »…

A propos du Motu proprio « Summorum pontificum »…

Quelques réflexions…

Le Motu proprio « Summorum pontificum » promulgué par Benoît XVI le 7 juillet 2007 est habituellement présenté par les « traditionalistes » comme une approbation de la Messe tridentine. En effet, ce texte a été et reste largement cité et commenté dans de nombreux écrits dont le but est de promouvoir cette liturgie. Loin de tout esprit polémique, il convient de questionner le document pour le situer à sa juste place.

Une volonté de pacification

Il semble que le Motu proprio « Summorum pontificum » doit être envisagé comme une tentative de réconciliation interne au sein d’une partie de l’Eglise catholique. Le fait qu’il soit signé par le pape Benoît XVI est révélateur. N’est-ce pas lui qui, alors cardinal, a géré l’épineux dossier de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, la création de la Fraternité sacerdotale Saint Pierre et la possibilité d’un schisme dans une Eglise fragilisée par un contexte de plus en plus sécularisé. Les « discussions doctrinales » entre les « traditionalistes » et la « Rome conciliaire » avançant très lentement, le pape a posé plusieurs gestes de bonté paternelle dont la levée des excommunications et la fameuse « libéralisation » de la messe tridentine (appelée aujourd’hui « forme extraordinaire » ou missel de Jean XXIII). Après plus de dix ans d’application, force est de constater que la réconciliation interne n’a pas abouti mais que ce document est souvent instrumentalisé pour justifier une célébration dont le concile Vatican II a demandé la restauration de façon explicite (Constitution Sacrosanctum Concilium). Le Motu proprio est à considérer comme un texte de compromis et certainement pas comme un encouragement pontifical à se tourner massivement vers un rite qui a perdu légitiment sa raison d’être par la promulgation d’un nouveau missel.

Afin de ne pas remettre en cause le travail de restauration du dernier concile, Benoît XVI (en tant que pape) n’a jamais célébré dans l’ancien rite et n’en a jamais fait la promotion. Il reconnaît qu’il est vénérable, il admet que des fidèles y trouvent un aliment spirituel mais il affirme aussi qu’il est « extraordinaire », c’est à dire qu’il ne doit pas faire partie de la vie « ordinaire » de l’Eglise. Il est sans doute important de le rappeler pour ne pas accorder trop d’importance à un texte facile à exploiter au détriment de l’unité liturgique de l’Eglise.

Parmi les nombreuses études du Cardinal Ratzinger sur la liturgie, Denis Crouan, dans son dernier ouvrage « La Grande rupture », cite ce passage particulièrement éclairant :  « Au début du XXe siècle, la liturgie était comme une fresque parfaitement préservée, mettre presque entièrement recouverte de couches successives. Pour les fidèles, elle était en grande partie dissimulée sous une foule de rubriques et de prières privées. Certains allaient même jusqu'à réciter leur chapelet pendant que le prêtre célébrait la messe. Après le concile Vatican II, la fresque fut dégagée, et pendant un instant, on en resta fasciné. Mais aujourd'hui, exposée aux conditions climatiques et à diverses tentatives de restauration, cette même fresque risque d'être détruite. » (L’esprit de la liturgie)

Ainsi la solution à la désacralisation de la liturgie n’est pas à trouver dans le retour d’une forme obsolète mais dans l’application rigoureuse du missel de Paul VI, missel plénier de l’Eglise catholique. Il s’agit de l’enseignement invariable de tous les pontifes depuis le concile. Faire du pape émérite le promoteur de l’ancien rite constitue un abus de langage. Il convient de rappeler inlassablement qu’une réforme ne peut pas être jugée par sa non-application et que le travail du clergé est de la faire connaître et appliquer.

De fait, partout où la messe de Paul VI est célébrée dignement (pensons au magnifique travail de la communauté Saint Martin et des Légionnaires du Christ), le « combat » pour la célébration de la messe dite « traditionnelle » ne se justifie plus. Le problème est, hélas, beaucoup plus profond qu’une simple question de rites… C’est le travail du concile Vatican II qui est explicitement remis en cause par des prêtres qui se disent fidèles à l’Eglise.

De nombreuses contradictions…

Il semble totalement incohérent de reconnaître du bout des lèvres la validité de la messe de Paul VI et de refuser obstinément sa célébration. Il s’agit d’une position théologiquement insoutenable. Si cette liturgie est approuvée comme norme authentique de l’Eglise catholique, comment prétendre à la fidélité sans la célébrer au moins occasionnellement. Plus grave, les choix liturgiques de ces prêtres « traditionalistes » sont souvent étayés par des arguments théologiques qui ne tiennent pas compte du Magistère actuel de l’Eglise.

D’un point de vue sociologique, la démarche des fidèles réclamant la messe tridentine est caractéristique de la société contemporaine qui place le sujet au centre des débats. De fait, il serait intéressant d’étudier attentivement les raisons qui justifient ce choix et qui sont parfois bien éloignées des questions spirituelles. Le fait de choisir son rite, selon des critères personnelles (« j’aime bien », « je prie mieux », « appartenances sociales ») est typiquement moderne et constitue un fait inédit. Traditionnellement, le rite ne se choisit pas, il se reçoit dans la fidélité à l’Eglise, gardienne de la liturgie. Rappelons que le rite n’a cessé d’évoluer au cours de l’histoire et que la « messe de toujours » est une invention récente. Bien sûr, il a toujours existé plusieurs rites dans l’Eglise, mais jamais sur le même territoire, au même moment et pour une même catégorie de fidèles.

Dans ce sens, la formule maladroite des « deux formes (ordinaire et extraordinaire) de l’unique rite romain » soulève de nombreuses questions. Quels sont les critères objectifs d’un choix, ? Comment promouvoir la restauration liturgique voulue par le concile Vatican II dans un climat de concurrence dans lequel les fidèles sont instrumentalisés ? L’ambiguïté théologique liée au refus de la liturgie restaurée est-elle justifiée et justifiable ? Au nom d’une pacification, est-il légitime de faire cohabiter deux rites dans une même église ? L’Eglise ne court-elle pas le risque d’un éclatement de la pratique en une multitude de chapelles ?… Le Motu proprio « Summorum pontificum » soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Un rappel fondamental

La liturgie ne peut pas être une affaire privée, soumise aux critères de groupes de pression (même officiels). Elle est l’oeuvre de l’Eglise qui agit souverainement dans ce domaine. Il est surprenant de constater que le refus de la messe de Paul VI se justifie souvent par la fidélité à la Tradition… Mais y-a-t-il une Tradition en dehors du Magistère actuel de l’Eglise ?

26/11/2017 - Le mystère pascal au cœur de la messe

Le mystère pascal au coeur de la Messe

Le mystère pascal est au coeur de la foi chrétienne. C’est à la suite du Christ, mort et ressuscité, que le croyant fait l’expérience du Salut. Celui-ci est pleinement reçu dans la foi mais en attente de sa réalisation plénière eschatologique. Il y a une tension dans la vie du baptisé : il est sauvé définitivement par la mort et la résurrection du Christ tout en étant « en attente » de la vision béatifique.

La redécouverte de cette notion centrale de « mystère pascal » est le fruit des recherches liturgiques du début du 20ème siècle entreprises notamment par Dom Odo Casel de l’abbaye de Maria-Laach. L’étude approfondie des premiers siècles du christianisme (écrits patristiques) a permis une approche renouvelée de la liturgie qui a aboutit à sa restauration lors du Concile Vatican II. Dans ce sens, cette entreprise n’a pas consisté à introduire des « nouveautés » pour moderniser la messe, mais à rendre à la célébration sa lisibilité première par delà les ajouts des époques successives. Il est important de rappeler que les protagonistes de ce « mouvement liturgique » (Dom Lambert Beauduin, Dom Bernard Botte, Louis Bouyer…) étaient tous des savants érudits et que le travail n’a pas été bâclé comme certains ont voulu le faire croire !

La Messe, vécue comme l’actualisation du mystère pascal, fait entrer le croyant dans une vie configurée au Christ. Dans ce sens, elle est pleinement le mémorial de l’offrande totale du Christ continuée dans la vie du chrétien. Le temps de Dieu entre dans le temps humain pleinement tendu vers les réalités célestes. La messe est dès lors bien plus que « l’application des mérites du sacrifice de la croix », vision réductrice et trop « utilitaire ». Elle englobe l’Offrande du Christ dans un mémorial qui plonge le croyant dans l’expérience du Salut en oeuvre en lui.

Ainsi, la séquence : Denier repas (don sacramentel) - Offrande sur la croix (don victimal) - Résurrection (don eschatologique), est contenue dans une même célébration. Le champ de vision spirituelle s’élargit car il rend présent l’événement pascal dans sa totalité. Il ne se réduit plus à une vision formaliste de la Messe qui trop souvent isole le renouvellement du sacrifice de la croix des autres réalités du Salut qui s’éclairent mutuellement.

« Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et pour confier ainsi à l’Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection : sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce, et le gage de la gloire future nous est donné. (Sacrosanctum Concilium 47)

29/10/2017 - Prudence pastorale...

Prudence pastorale…

Quand un prêtre change de paroisses et qu’il découvre la réalité pastorale de sa nouvelle affectation, il entend quasiment toujours le même conseil : « Il ne faut rien changer avant 1 an… », « Il faut prendre le temps de découvrir… », « Il ne faut pas brusquer les habitudes… ». Le sous-entendu est le suivant : essayer de se faire « accepter » pour ensuite changer doucement certaines choses… Il est utile de donner quelques pistes et de « libérer » le pasteur d’un poids parfois difficile à gérer.

Quand un prêtre fraichement ordonné ou jeune curé arrive dans ses nouvelles paroisses, il est précédé par une histoire et découvre les personnes impliquées dans les oeuvres. Dans la plupart des cas, des « laïcs engagés » souhaitent ardemment fonctionner « comme on a toujours fait ». Il faut constater que, dans de nombreux diocèses, le jeune clergé est assez classique et que beaucoup de fidèles sont généreux mais déformés par des dizaines d’années de pastorale progressiste. Dans ce climat, les tensions surgissent inévitablement face au « col romain », à la célébration de la Messe et à la manière de donner le catéchisme (et non pas de faire la catéchèse…). Le prêtre doit parfois se justifier d’être tout simplement fidèle à ce que l’Eglise demande. Mais comment le faire comprendre quand des laïcs enragés, véritables dictateurs locaux, confondent leurs propres idées (envies) avec le Saint-Esprit ?

Dès lors, il n’y a que 2 solutions : Renoncer ou changer…

Renoncer

C’est, hélas, la « solution » adoptée par le plus grand nombre… Au nom de l’adaptation, du « quand dira-t-on » et du désir de plaire, beaucoup de prêtres abandonnent le col romain (et le reste !) dans les années qui suivent l’ordination. Interrogé sur ce sujet, l’un d’entre eux n’hésitait pas à dire avec ironie : « le vernis sacerdotal a fondu ». Le plus grave, c’est que de détails en détails, le coeur de la foi est en danger. On ne renonce pas à un idéal élevé sans garder des séquelles durant toute la vie… 

Au quotidien, la pente est douce… A quoi bon se battre pour la liturgie ou pour le catéchisme alors que l’opinion de quelques laïcs enragés est écoutée attentivement dans les évêchés. Plus grave, en cas de conflit justifié… qui aura raison ? Les membres d’un « Soviet local » ou le prêtre qui veut vivre pleinement son sacerdoce et qui doit assumer l’étiquette : « Pas adapté ! ». Dans ce climat, insensiblement, au nom de la paix, que de prêtres ont fini tout simplement par céder sur des points essentiels de doctrine, de liturgie ou de morale. L’homme est capable de beaucoup pour un peu de reconnaissance et de chaleur humaine… 

Changer

Il faut garder à l’esprit que le changement est toujours possible, à condition de bien s’entourer et de résister. Il est clair que celui-ci n’est souhaitable que face à une situation déficiente concernant la doctrine, la liturgie et la morale. Les questions d’organisations pratiques (horaires…) se situent hors de notre propos. Il ne faut changer que si les règles de l’Eglise ne sont pas respectées ou pire, quand elles sont sciemment rejetées.

Cela n’est possible que si le prêtre est bien entouré. Celui-ci doit toujours garder à l’esprit que le « progressisme » (le terme est inapproprié car le véritable progrès se trouve dans la Tradition vivante de l’Eglise) est souvent vieillissant et de moins en moins représentatif. Malheureusement, les paroissiens entrant dans cette catégorie occupent régulièrement les postes clés et savent se faire entendre, au détriment d’une masse silencieuse qui subit leurs diktats. Une paroisse est souvent prise en otage par quelques catéchistes, enseignantes à la retraite, qui reproduisent dans l’église l’ambiance ce qu’elles ont connu dans la cour de récréation.

Pour changer et durer, le prêtre doit s’appuyer sur les quelques paroissiens fidèles qu’il ne manquera pas de reconnaître… Ils sont souvent plus jeunes, à genoux pendant la consécration, et sont plein d’ardeur. Dans certaines paroisses plus « sinistrées », cette catégorie est partie de guerre lasse, mais l’annonce de l’arrivée d’un prêtre « classique » peut stimuler leur retour. C’est avec eux qu’il faut envisager l’avenir !

Les débuts seront particulièrement éprouvants… Il y aura des réunions interminables, des palabres et des menaces. Tout est bon : chantages et lettres anonymes… On brandit le spectre d’une désaffection de l’église. Pour la poignée de laïcs enragés, la foi est secondaire, ce qui compte c’est le pouvoir auquel on s’accroche comme une pieuvre. Que va dire Simone si on lui explique gentiment que ce n’est pas son rôle de donner la communion avec M. le curé quand l’assistance ne dépasse pas les 20 personnes ?

Or, il y a des situations qu’il faut changer immédiatement sous peine de les adopter définitivement. C’est un leurre d’imaginer qu’après plus ou moins un an, les potentats locaux accepteront sans sourciller les changements sous prétexte que désormais ils connaissent bien le nouveau curé ! L’idéologie restera la même et les conflits surgiront telle une bombe à retardement.

Il faut d’abord justifier les options et expliquer l’enseignement de l’Eglise pour ne pas sombrer dans l’arbitraire. Ensuite, chacun doit se situer et si certains préfèrent aller gonfler des ballons pendant la messe, ils peuvent le faire… dans la paroisse à côté ! Il faut aussi avoir la liberté de la fidélité et accepter de ne pas plaire à tous.

Les points non-négociables sont ceux qui concernent la doctrine, la liturgie et la morale qui ne sont pas laissés à l’appréciation du Curé et/ou des laïcs mais relèvent de l’Eglise instituée par le Christ.

Ainsi, dans le domaine liturgique, il n’y a pas de discussion possible. La Messe ne s’invente pas au gré des caprices des « animateurs locaux ». Elle se reçoit dans l’émerveillement. Que de prêtres s’imaginent bien célébrer alors que les prières sont souvent « arrangées » (ou même inventées) et que le rôle des laïcs dans la liturgie est mal compris donc mal mis en oeuvre… Le rôle d’une équipe liturgique n’est pas de créer une célébration mais de bien la comprendre pour l’exécuter le plus fidèlement possible. Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir qu’on est loin du compte dans beaucoup d’endroits.

Pour stimuler certains jeunes prêtres hésitants, voici le témoignage que nous avons reçu d’un Curé qui a connu ces difficultés. Peu après son installation dans ces nouvelle fonction, il est « convoqué » à une réunion de l’équipe liturgique. Après cinq minutes de présentation, le responsable lui remet une feuille d’explications accompagnée de : « ici, on fait comme ça ! ». La liste est ahurissante car le missel est massacré. Il est trop long de détailler la liste mais elle illustre bien la confiscation de la liturgie catholique par un groupe de pression « qui joue au Curé ». Croyant rêver (ou cauchemarder !), le prêtre a simplement le courage de dire : « Je suis désolé, mais cela ne se fera plus comme ça ». C’est évidemment la stupeur dans l’équipe qui crie au non-respect du travail accompli et qui menace de démissionner. Après deux ans de discussions et de menaces en tous genres, c’est finalement ce qui arriva… et la désertion annoncée ne se produit pas. Il faut toujours bien garder à l’esprit que ces Soviets locaux ne représentent habituellement qu’eux-mêmes. Quand ils disent que « tout le monde dit que… », il s’agit souvent de deux ou trois personnes dont ils font partie. Tout finissant par s’arranger, certains ont fait le choix de partir et d’autres de rester pour assister à ce qu’on peut désormais appeler une « messe catholique ».

La conclusion est simple. Le jeune clergé ne doit pas être prisonnier des choix pastoraux de la génération précédente. Il n’est pas question ici de sensibilité mais du trésor de l’Eglise dont les pasteurs sont les intendants fidèles. La peur peut paralyser les bonnes volontés. Dès lors, que celles-ci se regroupent autour de certaines églises qui deviendront des phares dans l’obscurité. Ce n’est que dans la fidélité à la foi de l’Eglise et à sa mise en oeuvre liturgique que le renouveau, tant espéré par le Concile Vatican II, produira enfin ses fruits.

16/10/2017 - À lire absolument !

« La Grande Rupture » est le nouveau livre de Denis Crouan. M. Denis Crouan est docteur en théologie et président de l’association proliturgia. Il est l’un des grands spécialistes de la crise liturgique dans le monde francophone.
A travers sa propre histoire, dans un récit vivant et passionnant, l'auteur nous présente les modifications et bouleversements opérés dans la liturgie, au lendemain de Vatican II, dans les paroisses et les séminaires. Un témoignage essentiel pour comprendre la situation actuelle de l'Eglise. Pour commander le livre, cliquez : ICI

14/10/2017 - Tradition

Tradition

L’usage de ce mot dans l’Eglise est souvent conflictuel ou ambigu parce qu’il est mal compris ou utilisé dans un sens restrictif. D’emblée, il est associé aux groupuscules traditionalistes dont il est devenu la « marque de fabrique ». Sans entrer dans les nécessaires nuances, le discours de base est souvent le suivant : « ce qui est « tradi » est bon et le reste est suspect ». Cette vision caricaturale est renforcée par le label « de toujours », qui sous-entend que ce qui est « ancien  » (ou jugé comme tel) est automatiquement traditionnel donc acceptable. Dans cette optique, la Tradition est considéré e comme une donnée du passée qui permettrait de fixer définitivement certaines règles (liturgiques et morales).

D’emblée, il faut sortir le mot « Tradition » de ce carcan car il fait partie du vocabulaire ecclésial et ne peut en aucune façon être instrumentalisé pour justifier certaines pratiques liturgiques. Dans ce sens, une étude sérieuse de l’histoire religieuse démontre que le « toujours » n’existe pas et que la liturgie est en perpétuelles tensions entre continuités et discontinuités, distorsions et retour aux sources. Une liturgie définitive et universellement admise est un fantasme intellectuel contemporain utilisé par certains courants « tradi » pour justifier leur existence.

Dans une approche liturgique de ce terme et de l’usage qui en est fait, il importe également d’ouvrir quelques pistes de réflexion car tout usage ancien n’est pas forcément traditionnel. De plus, absolutiser une époque ou une pratique implique inévitablement des choix théologiques et pastoraux.

La Tradition n’est pas la conservation absolue de ce qui existe depuis « toujours »,  mais un organisme vivant transmis de génération en génération, sous la responsabilité du Magistère de l’Eglise qui en a la charge. La Tradition est la régulation par l’Eglise, sous l’assistance du Saint-Esprit, des pratiques religieuses qui se sont développées en son sein. L’ancrage historique montre que dans ce domaine, rien n’est totalement nouveau mais tout n’est pas non plus une répétition car la liturgie est le fruit de la vie et de la réflexion des générations passées, travail qui ne peut que se poursuivre tant que l’Eglise existera. 

Ce n’est pas tel ou tel groupe qui définit ce qui est traditionnel ou pas, mais le Magistère constant de l’Eglise. Cette fonction est constitutive du christianisme puisque dès les origines, celle-ci a adopté les quatre évangiles alors qu’il existait d’autres textes que nous qualifions aujourd’hui d’apocryphes. Certains de ces écrits étaient certainement vénérables et plus anciens que les évangiles reconnus. L’Eglise ne les pourtant pas accepté, n’y reconnaissant pas l’expression de sa foi.

La Tradition n’est donc pas synonyme de vétusté mais  elle est un lieu de vie et d’engendrement. C’est ce qu’enseigne le Concile Vatican II (Dei Verbum II) en rappelant qu’elle est à la fois une donnée matérielle reçue des Apôtres et une dynamique par laquelle celle-ci est transmise. Dans ce sens, elle n’est pas une simple référence au passé mais elle vit dans l’Eglise qui en permet une réception sans cesse renouvelée.

L’application de ces quelques points fondamentaux au domaine liturgique met en lumière certains pratiques, marqués par un temps précis, qu’il était nécéssaire de réformer pour leur donner à nouveau leur pleine signification. C’est ce travail de renouvellement qui a produit le missel du bienheureux Paul VI dans lequel les éléments traditionnels de la Messe ont été restauré par delà les ajouts et déformations des siècles. C’est ce trésor que nous recevons dans la foi et que les générations futures sont appelées à faire vivre.

09/10/2017 - La désacralisation de la liturgie

Il arrive fréquemment de constater qu’au cours des messes dominicales, les fidèles acceptent sans broncher de chanter n’importe quoi, d’entendre n’importe quoi, de voir n’importe quoi, de faire n’importe quoi. A leur décharge, ils ne font que suivre docilement le célébrant... qui lui-même a été privé de solide formation liturgique ou se trouve contraint de suivre servilement ce qu’a préparé une équipe liturgique locale dont les membres ignorent tout du Concile et du Missel romain. 
Quoi qu’il en soit, quelqu’un a bien dû inventer ces chants inadaptés, ces discours sans importance du point de vue de la foi, ces attitudes captivées davantage par ce qui se passe dans la nef que sur l’autel, ce n’importe quoi liturgique qui parasite la célébration de la messe à des doses variables selon les endroits. Bref, quelqu’un a bien dû être à l’origine de tout ce qui fait dévier le culte de sa raison d’être, Dieu, et ainsi l’abaisser au seul niveau d’une production locale, ponctuelle, qui témoigne de la perte du sens liturgique, aussi bien chez les fidèles que chez les clercs : les règles objectives de la liturgie qui garantissent la justesse et le sens de la célébration de la foi de l’Eglise ne sont plus connues, ne sont plus ni comprises, ni senties, ni aimées pour ce qu’elles sont, et ne peuvent donc plus être transmises d’une génération à l’autre. Le résultat est visible dans nombre de nos églises paroissiales où les fidèles sont désormais gagnés par une amnésie liturgique les portant à remplacer la célébration de la foi par le conformisme de quelques pieux sentiments. Louables, certes, mais qui ont plus à voir avec une religiosité à la carte qu’avec la foi catholique. 
Quelle peut être l’origine de ce phénomène ? 
La perte du sens liturgique est sans doute à rapprocher d’un affaiblissement de la pensée catholique elle-même et de la tendance actuelle à mettre l’accent ailleurs que sur le strict contenu de cette pensée : celle-ci se trouve remplacée par un fort attrait envers ce qui est irrationnel, envers l’exaltation des sentiments personnels (il n’est qu’à entendre ce qui se chante au cours des messes de mariages ou de funérailles), envers tout ce qui est utilitaire, immédiatement exploitable. Les influences délétères de l’utilitaire et de l’exploitable - que malheureusement le clergé ne semble pas voir dans la mesure où il y participe lui-même - ont mené à la construction d’un univers paroissial anti-cultuel où les repères ne sont plus la foi et la raison dont la liturgie est l’expression, mais tout ce qui peut déconcerter les fidèles dont la pensée catholique ne subsiste plus qu’à l’état de friches où peut durablement s'enraciner l’ignorance des réalités sacrées. 

08/10/2017 - La Messe dans l'histoire

La Messe dans l’histoire

Dans son ouvrage très instructif sur l’histoire de la Messe (« La Messe dans l’histoire », Editions de Solesmes), Dom Guy Oury conclut par un appel à la fidélité à l’Eglise et à la Tradition : 

« Paul VI et Jean-Paul II n’ignoraient pas les abus auxquels la réforme liturgique a donné prétexte, et l’anarchie qui ravage de vastes secteurs de la prière de l’Eglise; s’ils se montrent à ce point optimistes à l’égard de la liturgie rénovée, c’est surtout parce qu’elle ouvert plus largement au peuple chrétien l’accès à ses incomparables richesses, parce que celui-ci est à même d'y apporter une participation plus plus profondes et plus entière.

Mais ils s’inquiètent des initiatives subjectives auxquelles se livrent un certains nombre de prêtres ou d’assemblées liturgiques; ils désirent que tout rentre dans l’ordre pour le plus grand bien de l’Eglise et des âmes.

Pris dans sa réalité intégrale, l’Ordo mise de Paul VI innove finalement assez peu ; on n'y trouve tous les éléments de la messe romaine du cinquième siècle, quelques-unes des prières de dévotion introduites au Moyen Âge, les règles précises du missel de Saint Pie V, transformées et adaptées à la situation nouvelle qui est celle du XXème siècle… Les possibilités du nouveau missel sont très grandes ; il peut se prêter à une très belle célébration de la messe, mais pour cela il exige beaucoup de l'assemblée comme du célébrant ; le but à atteindre vaut qu'on y mettre le prix : les chrétiens des âges passés nous ont donné l'exemple, à nous de le suivre, sans lésiner sur l’efforts ! »